« 17 octobre 1847 » [source : MVH, α 7985], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4298, page consultée le 09 août 2026.
17 octobre [1847], dimanche matin, 7 h. ½
Bonjour, mon cher bien-aimé, bonjour et bon espoir pour la santé de ta chère femme.
Comment vas-tu, mon cher petit homme ? Comment a-t-on passé la nuit chez toi ? Tu
comprends que ma
pensée ne vous quitte pas d’un seul instant et même dans mon sommeil cette préoccupationa persiste et je rêve de vous tous et
toujours je vous aime. J’espère et j’attends de bonnes nouvelles ce matin. Maintenant
il me semble que tout le danger est passé et que nous pouvons nous livrer à la douce
joie d’une
prochaine et prompte convalescence1.
Je t’enverrai des tomates ce matin en regrettant
de n’avoir que cela à te donner. Dieu sait si je voudrais pouvoir vous faire des surprises agréables, hélas ! L’ARGENT ME MANQUE, comme à Don César de
Bazan2, et je n’ai que ma bonne volonté qui n’est
suffisante que pour rendre mes regrets plus vifs et plus agaçants. Il est vrai que
vous m’abîmez mon album, affreuse compensation. Je vous dirais que votre gribouillis
n’est pas encore
sec et que je ne peux pas rengainer mon infortuné album dans son étui. O DOULEUR !
Encore si c’était pour moi je ne dirais rien que : MERCI, VOUS ETES UN BON HOMME.
Mais quand je pense
que ce sera pour un Vacquerie quelconque j’écume de rage et de fureur. Taisez-vous ! Taisez-vous ! Taisez-vous !
Juliette
1 Mme Hugo se remet de la fièvre typhoïde.
2 « Hélas ! L’argent me manque », regrette en effet Don César (Ruy Blas, acte IV, scène 2).
a « préocupation ».
« 17 octobre 1847 » [source : MVH, α 7986], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4298, page consultée le 09 août 2026.
17 octobre [1847], dimanche après-midi, 2 h.
Je suis bien heureuse, mon Victor bien-aimé, de te savoir de plus en plus rassuré
sur la vie de ta chère femme1.
Maintenant il n’y a plus que soins et que patience à avoir et elle n’en manquera pas,
la bonne sainte femme, puisque vous êtes là.
Comment vont tes yeux adorés, mon Victor ? Comment
va tout ton adorable petit être ? Soigne-toi à ton tour. Maintenant que toutes tes
craintes sont finies, il faut songer à te préserver de toutes mauvaises chances. Au
risque de
t’ennuyer, je te le répèterai bien souvent parce que ta santé c’est ma vie.
Je n’ai pas encore écrit à personne de venir me voir. Tant que ta pauvre femme ne
sera pas tout à fait
guérie, je ne veux pas ouvrir MES SALONS. C’est une idée que j’ai comme cela. D’ailleurs
j’ai l’espoir que tu as encore des barbouillis à faire et cela suffit à mon bonheur
et à
l’encombrement de ma maison. N’est-ce pas que j’ai raison ?
Tâche de venir de bonne heure aujourd’hui car au fond je suis bien heureuse que tu
veuilles bien mettre ma maison à feu et
à encre et mon pauvre album en capilotadea. Dépêche-toi de m’apporter cette joie et je t’en serai bien reconnaissante. En attendant
je te baise de l’âme et je t’adore.
Juliette
1 Adèle Hugo semble désormais hors de danger.
a « capillotade ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
